Dans le cinéma contemporain, les
films comprenant de grandes scènes de bataille commencent à
foisonner. Et généralement, avant que le massacre ne commence, le
chef (généralement le héros de l'histoire) y va de son petit speech
censé motiver ses troupes. Exercice périlleux et passage plus
ou moins obligé de tout film épique, la harangue du chef peut
entrainer plusieurs sentiments chez le spectateur: Du frisson
parcourant l'échine au rire moqueur tout en passant par
l'exaspération teintée d'ennui.
Généralement, le chef effectue
son discours à cheval tout en effectuant des aller-retours latéraux
devant le 1er rang de son armée. Son allocution se termine souvent
par le passage au galop de sa monture, le poing levé (ou le cas
échéant l'épee levée), entrainant des cris de rage de ses hommes.
Mais ce genre de schéma n'est pas la panacée et des variantes
existent. Pour le petit tout d'horizon, ça se passe en dessous:
I/ Le speech à la
rohannaise
Le chef: Theoden, roi du
Rohan

Le contexte: pendant que les
armées gondoriennes sont en train de se faire désosser bien
comme il faut par les soldats du Mordor pour la défense de
Minas Tirith, la cavalerie du Rohan, menée par le roi Theoden,
arrive une fois de plus au bon moment pour sauver
l'affaire.
Le discours
: "Debout! Debout, cavaliers de Theoden! Les lances seront
secouées! Les boucliers voleront en éclat! Une journée de l'épée!
Une journée rouge, avant que le soleil ne se lève! Au galop! Au
galop! Courrez! Courrez à la ruine et à la fin du monde!
A mort!"
Dans l'art délicat du discours
belliciste, Theoden est un maître. Son speech est relativement
court et il ne cache pas à ses cavaliers que ça va être bien
sanglant. Mais l'intonation du discours (qui rend beaucoup mieux en
vo) et la gestuelle de l'orateur (l'épée du roi qui
s'entrechoque contre les lances de ses soldats) donneraient l'oeil
du tigre à n'importe quel pleutre de la Terre du Milieu sur un
champ de bataille.
II/ Le speech à la
macédonienne
Le chef :
Alexandre, roi de Macédoine.

Le contexte :
L'armée macédonienne se prépare à affronter son homologue perse,
dirigée par Darius, lors de la bataille de Gaugamèles.
Le discours: "Vous tous
êtes l'honneur de votre patrie et de vos ancêtres. Et nous voici
rendus dans cette contrée si lointaine d'Asie. Et de l'autre côté
de la plaine, Darius, ayant assemblé une vaste armée, se décide
enfin à nous affronter. Demandez-vous qui est ce grand roi qui paya
des assassins de son or pour qu'ils tuent mon père, notre roi, de
la manière la plus lâche et la plus méprisable... Qui est ce grand
roi Darius qui réduit ses hommes en esclavage? Qui est ce roi? Une
outre gonflée de vent! Ces hommes ne défendent pas leurs foyers!
Ils combattent parce que le roi ne leur laisse pas le choix. Et au
combat, ils s'évanouiront comme le vent. [...] Mais nous
ne sommes pas des esclaves. Nous sommes ici aujourd'hui pour
combattre en libres macédoniens!
Cris de la foule
parmi nous....certains et peut-être moi même, ne verront pas
le soleil se coucher sur ces montagnes ce soir. Mais je ne vous
dirais qu'une chose. Une chose que savent tous les guerriers depuis
l'aube des temps. Dominez votre peur et je vous promets que vous
serez plus forts que la mort! [...] vous pourrez dire "ce jour là,
j'étais à Gaugamèles, pour l'honneur, pour la liberté et la
gloooiiire de la Grèce!" Que Zeus soit avec nous!"
Discours un brin pompeux que celui
d'Alexandre. Et même un peu longuet. Pendant la scène, des images
d'un aigle survolant le futur champ de bataille apparaissent
ça et là histoire de rompre la monotonie du speech et de
mettre le doigt sur le destin exceptionnel qui attend le héros. On
notera aussi que contrairement à ses camarades harangueurs,
Alexandre passe plus de la moitié de son discours à pourrir le chef
d'en face. Pas classe Alex!
III/ Le speech à
l'américaine
Le chef: Le président des
Etats Unis d'Amérique, Thomas J. Whitmore, ancien pilote de
chasse.

Le contexte: Les restes de
l'armée américaine s'apprêtent à lancer une contre attaque massive
contre les aliens belliqueux qui ont partiellement ravagé la terre.
Hasard du calendrier, l'offensive a lieu le 4 juillet, jour de la
fête nationale américaine.
Le discours: Bonjour. Dans
moins d'une heure, nos avions vont en rallier d'autres venus du
monde entier. Vous allez livrer le plus grand combat aérien de
l'histoire de l'humanité. L'humanité...Un mot qui devrait prendre
un sens nouveau pour nous aujourd'hui. Ne passons plus notre temps
à ne penser qu'à nos petites querelles sans importance. Nous allons
être unis dans notre intérêt commun. Peut-être le sort a-t-il voulu
qu'aujourd'hui soit le 4 juillet. Vous allez une fois de plus
devoir défendre notre liberté. Non pas de la tyranie, de
l'opression, de la persecussion...mais de l'anéantissement. Nous
combattons pour notre droit de vivre. D'exister. Et si nous
remportons la victoire...La 4 juillet ne sera plus connu comme la
fête nationale américaine mais comme le jour où le monde a déclaré
d'une seule voix : nous n'entrerons pas dans la nuit sans
combattre! nous ne voulons pas disparaître sans nous battre! Nous
allons vivre! nous allons survivre! Aujourd'hui, nous célèbrons le
jour de notre indépendance!
Voici l'intrus de la bande. Comme
vous le savez, le président Whitmore vit au XXe siècle, donc son
speech ne sera pas déclamé du haut d'un cheval mais debout à
l'arrière d'un pick up à l'aide d'un porte voix. Et son discours a
l'air diablement efficace étant donné qu'il est parvenu à
faire combattre tous les hommes du monde entier sous la même
bannière (y compris les américains et les irakiens). Et comme tout
bon chef de guerre qui se respecte, il partira lui aussi au combat
avec son gros navion. On notera au passage l'intérêt du président
américain pour les graves problèmes internationaux, qualifiés de
"petites querelles sans imporance".
IV/ Le speech à
la gondorienne
Le chef : Aragorn, fils
d'Arathorn, descendant d'Isildur et prétendant légitime au trône du
Gondor.

Le contexte : Après la
bataille des champs du Pelennor, Aragorn réunit les restes des
armées gondoriennes et rohannaises pour affronter les troupes de
Sauron devant la porte noire. Le but de la manoeuvre n'est en
fait que de distraire le grand oeil afin de permettre à Frodon
de pouvoir se balader tranquillou dans le mordor et ainsi lui
permettre de détruire l'anneau au coeur de la montagne du
destin.
Le discours: Tenez vos
positions! Tenez vos positions! Fils du Gondor et du Rohan! Mes
frères! Je lis dans vos yeux la même peur qui pourrait saisir mon
coeur. Un jour peut venir où le courage des hommes faillira,
où nous abandonnerons nos amis et briserons tout lien. Mais ce jour
n'est pas arrivé. Ce sera l'heure des loups et des boucliers
fracassés, lorsque l'âge des hommes s'effondrera. Mais ce jour
n'est pas arrivé. Aujourd'hui nous combattrons... pour tout ce qui
vous est cher sur cette bonne terre. Je vous ordonne de tenir,
hommes de l'Ouest!
A l'inverse du discours du roi
Théoden qui est plutôt du genre "on va tous crever mais on s'en
fout", Aragorn adopte un ton plus rassurant. Il réussit le tour de
force de persuader son armée qu'elle a une chance de s'en tirer
alors que bon, sur le papier, c'était vraiment pas gagné. Un
discours très important donc, qui marque vraiment le changement de
statut d'Aragorn de simple leader à celui de roi charismatique,
même s'il ne sera courroné que plus tard.
V/
Le speech à la
gauloise
Le chef:
Vercingetorix, commandant en chef des armées gauloises.

Le contexte: Quelques minutes
avant la bataille d'Alésia, Vercingetorix harangue ses troupes. Les
gaulois sont assiégés dans leur fort par l'armée romaine. Ils vont
alors tenter de briser cet encerclement en effectuant une sortie
désesperée avec le succès que l'on connait. Signalons également
qu'il s'agit ici du seul exemple de discours pré-défaite dans ce
dossier. Quel loser ce Vercingetorix!
Le discours:
"Vous voulez vous battre? Vous voulez mourir? Vous voulez
vivre pour toujours? Alors suivez moi et ensemble, nous deviendrons
immortels!"
Vercingétorix, les longs discours
enflamés, c'est pas son truc. Son speech, en plus d'être archi
court, ne traite même pas de la survie du peuple Gaulois ou
d'une éventuelle victoire. La défaite semble être la seule issue
pour nos ancêtres. Seules comptent la gloire et l'immortalité qui
seront acquises au prix d'une mort héroïque. Le reste, on s'en
fout. Une sorte de discours de viking, en quelque sorte, mais
récité par Christophe Lambert. Ce qui explique surement la raclée
reçue à Alesia.
VI/ Le speech
à la romaine
Le
chef: Maximus Decimus Meridius, commandant en
chef des armées du nord, général des légions Phénix.

Le contexte: Maximus s'apprête
à lancer une offensive contre l'ennemi germanique qui vient
apparemment de signifier son refus de participer à d'éventuelles
négociation de paix.
Le discours:
Maximus: Mes frères!
Soldats: Maximus!
Maximus: Dans 3 semaines, je
moissonnerai mes terres. Imaginez où vous voudriez être, et vous y
serez. Tenez la ligne. Restez avec moi. Si vous vous retrouvez tout
seul, chevauchant dans de verts pâturages avec le soleil sur le
visage, n'en soyez pas comblés. Car vous êtes aux champs élysées,
et vous êtes déjà morts!
Soldats : Ah Ah Ah!
Maximus : Mes frères, ce que
l'on fait dans sa vie résonne dans l'éternité.
En bon chef de guerre, Maximus est
semble-t-il très aimé par ses troupes. C'est ce qui frappe
dans ce discours faisant transparaitre une énorme complicité entre
le chef et sa cavalerie. Le général se permet même de déconner sur
la mort qui leur pend au nez. Simple, concis, une petite vanne pour
détendre l'atmosphère, une belle phrase en conclusion,
un speech certes minimaliste mais devant une
troupe expérimentée guerroyant non stop depuis deux ans,
était-il nécéssaire d'en faire plus?
VII/ Le speech à
l'écossaise
Le chef: William Wallace,
leader de l'insurrection ecossaise contre l'occupant anglais. (A ne
pas confondre avec William Gallas, capitaine d'Arsenal, qui
est quant à lui réputé pour foirer tous ses discours d'avant
match)

Le contexte: A la tête de son
armée de soldats-paysans, Wallace se prépare à donner l'assaut
contre l'armée anglaise qui, apparemment, était plus venue pour
négocier et marchander une trêve.
Le discours: William Wallace
:" Je suis william Wallace. Et que vois-je? Toute une armée de
mes compatriotes réunis en défiance de la tyranie. C'est en hommes
libres que vous êtes venus vous battre. En hommes libres que vous
êtes! Mais comment garder votre liberté? Il faut se
battre!"
Soldats:" Non! On aurait aucune
chance contre ces troupes! On préfère fuir. On préfère
vivre!"
William Wallace: "Oui. Battez
vous et mourrez peut être. Fuyez et vous vivrez. Quelques temps du
moins. Mais un jour sur vos lits de mort, bien des années auront
passé et peut-être regretterez-vous de ne pouvoir échanger toute
vos tristes vies épargnées à Stirling pour une chance, juste une
petite chance de pouvoir revenir ici et de tuer nos ennemis, car
ils peuvent nous ôter le vie, mais ils ne nous oteront jamais notre
libertééééé!"
Fait rarissime dans les harangues
d'avant bataille, le chef charismatique se prend ici un bide dans
la première partie de son discours où il utilise un peu trop
souvent le terme "liberté". Conscient que ça ne produit pas
beaucoup d'effet à ses troupes, Wallace change de stratégie et met
davantage le doigt sur le moment historique que s'appretent à
vivre ces gueux en kilt. Et paf, ça marche!
J'imagine que je suis passé devant
un tas d'autres exemples, dans des films plus anciens notamment. Si
vous en voyez d'autres, faites moi signe!
Et puis bonne année 2009 tant qu'on
y est!