« Good enough for you is…Good enough for me… it’s good enough, it’s good enough for me, yeah yeah yeah yeah yeah…”
Rien que de chantonner le titre de Cindy Lauper faisant partie de la BOF du film, mon visage s’éclaire. Pourquoi ? Tout simplement parce que Les Goonies est peut être le film qui m’a fait le plus rêver quand j’étais gamin. Des gosses déconneurs, des gangsters abrutis, une histoire de trésor de pirates caché, des pièges mortels, l’ombre de Spielberg sur tout le film, etc. Tous les ingrédients étaient là pour garantir le succès du film, qui fut assez important à l’époque.

"Bon, les gars, on lui dit ou pas qu'il bouffe comme un porc?"
Après une longue période sans l’avoir vu, ce fut avec une certaine appréhension que je décidais de me relancer dans cette histoire de gamins à la recherche du trésor qui sauvera leurs maisons à tous. Le film était-il finalement qu’une grosse bouse vue comme un chef d’œuvre par des yeux d’enfant ? Allait-il subir la même putréfaction que bon nombre des ses congénères des 80’s vingt ans plus tard ?
Et ben, globalement, non. Pour moi, le film a remarquablement bien vieilli et reste encore aujourd’hui une des références du film d’aventures pour gosse.
Bon tout d’abord, faut pas être trop regardant sur le scénario. On apprend au départ du film que les parents des goonies sont sur le point de se faire exproprier par un magnat de l’immobilier désirant construire un terrain de golf sur leur propriété. Et il suffirait juste de trouver une certaine somme d’argent pour sauver la maison. Les goonies, composés de Mickey (le gamin rêveur asthmatique), Choco (le gamin obèse qui ne pense qu’à bouffer), Data (le gamin asiatique qui invente plein de trucs) et Bagou (le gamin à grande gueule qui vanne à tout va) décident de partir à la recherche du trésor perdu de Willie le Borgne, pirate légendaire qui aurait été emmuré vivant par la flotte britannique avec tout son équipage et son trésor (ça tombe bien !), dans les environs (encore mieux!). Ils seront accompagnés en chemin par des plus grands qu’eux : Brand le grand frère de Mickey qui vient juste de foirer son permis, Steph, la fille à lunettes et Andy, la pom-pom girl qui en pince pour Brand. Après avoir mis la main sur plein d’indices révélant l’emplacement du trésor, (dont visiblement tout le monde se foutait vu qu’ils étaient remisés au grenier avec plein de vieux trucs, dont une boule électrique encore branchée !) ils partent à l’aventure, suivis de près par les Fratelli frères et mère, famille de gangsters en cavale, eux aussi en quête du trésor.

Voilà un pitch tout ce qu’il y a de plus classique pour du cinéma d’aventures. On peut pas dire non plus que les décors soient faramineux (mis à part le bateau pirate), les effets spéciaux bluffants ou la mise en scène révolutionnaire. Non. Ce qui fait le charme du film, c’est tout simplement son ton. Pour un film supposé viser une cible jeune, les dialogues sont assez savoureux. Indiscutablement, le personnage de Bagou est le point fort du film à ce niveau là. Ses répliques font souvent mouche :
Bagou : « Hey, écoute un peu Choco… »
Choco : « Quoi ? »
Bagou : « Tu sais que j’ai des photos de ta mère qui prend un bain, complètement à poil. Tu veux me les acheter ? »
Choco : « QUOI ? »
Bagou : « Pas chères, bien sûr. »

Bagou, LA star du film.
Ou encore celle-ci (dans cette scène, Choco vient de faire malencontreusement tomber une miniature de statue antique chez les parents de Mickey. Elle est presque intacte. Seul le sexe de l’objet est endommagé) :
Mickey : « Oh non, c’est le truc que ma mère préfère ! »
Bagou : « Tu serais pas là si elle n’aimait pas ça… »
Brand : « Ta gueule Bagou ! »
Le plus surprenant aujourd’hui, c’est que de telles répliques sont débitées par des enfants censés avoir environ 12 ans dans le film. Impossible d’imaginer les mêmes dialogues dans les films d’aventures d’aujourd’hui. Vous voyez, vous, cette gourdasse d’Harry Potter ou les 4 morveux de Narnia oser dialoguer de la sorte ? Bien sûr que non. Et c’est en partie l’intérêt de l’oeuvre. Les goonies ne sont finalement que des gosses comme les autres. Et les gosses de 12 ans, ne nous leurrons pas, sont souvent amateurs de blagues de cul. Et ça fait bien longtemps qu’Hollywood essaie de nous faire croire que nos chères petites têtes blondes ne pensent jamais ainsi.

"On dirait pas comme ça, mais quand je serai grand, j'irai à Berkeley, je serai quaterback de l'équipe de foot, et je deviendrai avocat d'affaires à Beverly Hills. Et ouais." (Eléments tirés de la biographie de Jeff Cohen, interprète de Choco, dans wikipedia. Si si, c'est vrai en plus!)
Serais-je finalement atteint du « syndrome du vieux con », adepte du « c’était mieux avant » ? Peut être, mais lorsqu’on regarde Les Goonies aujourd’hui, on se retrouve en face d’une faille temporelle béante, grande ouverte sur les 80’s, avec un film très représentatif de son temps mais qui n’a paradoxalement pas (ou peu) vieilli.
Comment Parler des Goonies sans traiter enfin du personnage de Sinoque, freak monstrueux au cœur tendre qui formera avec Choco un duo de mini Buddy movie dans le film. Je pense que Sinoque fut un véritable choc pour tous les gamins qui virent ce film à l’époque. Comment ne pas être effrayé par sa tête difforme ? Mais comment ne pas l’aimer non plus ? Une sorte d’Elephant Man pour les gosses qui sera le seul « adulte » du film a être traité finalement de façon positive, conformément à la vision « Spielbergienne » de l’époque : les grands ne sont ici représentés que sous la forme de gangsters, de parents confondant sans cesse les prénoms de leurs enfants ou de spéculateurs immobiliers aux dents longues.
Choco et Sinoque: LES deux autres stars du film.
Un bien beau film. Vraiment. Et même si la fin est magnifique, avec ce bateau pirate partant vers le soleil couchant un peu comme Indy dans la dernière croisade, elle n’en est pas moins synonyme de fin de l’aventure de nos héros. Donc triste, fatalement.




