Vous allez me dire: "mais qu'est-ce que c'est que ce blog à la con? Il va soi-disant nous parler de pop corn movies et on se retrouve avec un premier article sur le Grand Pardon?"
J'ai envie de dire: "ben ouais". Tout simplement parce que ce film est un divertissement en or massif, au moins aussi brillant que la gourmette de Raymond Bettoun himself. Pour ceux qui ne connaissent pas cette oeuvre fulgurante, voici le pitch: Paris, 1982, Raymond Bettoun, chef de famille juif-pied noir, règne d'une main de maître sur le Paris du crime, du racket, de la prostitution et du jeux. Pourtant, tapie dans l'ombre, la menace se profile: Les Bettoun en sortiront-ils indemnes?

"Zarma, c'est mon accent qui te fait marrer?"
Voilà, c'est posé. Le Grand Pardon, c'est un film de Mafia. Mais attention, pas n'importe quelle mafia. Au diable les siciliens, les calabrais, les napolitains, les chinois, les yakuzas, les triades, les russes, les cubains, les porto-ricains, les irlandais. Tout ça, c'est très surfait. Faites place à la mafia juive-pied noire. Autant le dire tout de suite, l'intérêt de ce film réside dans cette particularité peu commune qui donnera tout le piment (mariné dans l'huile d'olive) au long métrage et contribuera à son aspect comique. Entendre des mafieux deviser avec l'accent du soleil est tout simplement jouissif. Vraiment. Et enlève toute tension dramatique au film pour en faire la première comédie mafieuse française, bien évidemment involontaire. Car il est tout simplement impossible de regarder ce film au 1er degré. A partir du moment où Raymond Bettoun, le caïd, ouvre la bouche, c'est le festival du début à la fin. Festival de clichés pour commencer, où les accents sont exacerbés, la quincaillerie dorée vraiment ostentatoire et le goût pour l’argent immodéré. Il manquait plus que le casino de Deauville (à la place de celui de Biarritz) pour boucler la boucle.
Festival de dialogues ensuite où il sera difficile de rester de marbre devant certaines répliques :
« Arrête tes salamaleks Bettoun ! T’es pas dans ton djebel ici ! »,
« Raymond Bettoun a appris la loi du milieu à la casbah, il la lit de droite à gauche »
« C’est encore un coup des Arabes. C’est signé. Qu’est ce qu’on va discuter 1000 ans avec eux ? Je l’ai toujours dit, avec les ratons faut cogner, cogner, cogner ! »
« Vous sentez l’huile M. Bettoun… »
« Tes hommes ils sont partis, Manuel. Je les ai achetés. Avec l’argent. Et ça, ça pourra pas arriver avec les Bettoun. Et tu sais pourquoi Manuel? Parce qu’on est une famille, unie comme les cinq doigts de la main, zarma ! Avant de venir ici Manuel, tu flambais, t’étais le numéro un. Maintenant, je vais te dire, t’es le numéro zéro ! »

Y a pas à dire, les Bettoun c'est quand même autre chose que ça!
L’aspect « tiens, si on tournait un remake du Parrain, mais avec des pieds-noirs » contribue également au statut du film. Les termes « repompe », « plagiat », « copier-coller » reviennent souvent dans les bouches de ceux qui ont vu les deux films. Je n’irai pas jusque là, le film possédant son identité propre, unique même, mais il est vrai que pour certains passages/personnages, on a senti Saint-Hamont (le scénariste) et Arcady (le réalisateur) un peu flemmards sur les bords.
La longue scène de baptême du début du film (30 minutes quand même !) rappelle forcément celle du mariage Connie Corleone/Carlo Rizzi dans le Parrain, avec son cortège d’invités mafieux, de chanteurs d’opérette (Freddy Ambrosi et Johnny Fontane) et de flics embusqués aux abords de la grande maison armés d’appareils photo.
Il sera aussi difficile de ne pas voir que certains personnages du Grand Pardon sont fortement inspirés du Parrain. Ainsi Rolland Bettoun (Gérard Darmon), le neveu/fils adoptif de Raymond est sûrement le frère caché de Santino Corleone, le Fils aîné du Parrain. Tous deux, adeptes de la manière forte, cultivent en effet la haine des clans rivaux et ne connaissent qu’une seule loi : celle du Talion, quitte à provoquer des guerres sans fin pour leurs familles respectives. Maurice Bettoun (Richard Berry), le successeur, ressemble lui fortement à Michael Corleone dans ses ambitions politiques, son caractère plus réfléchi, la honte de papa, l’envie de s’intégrer au pays et le désir d’investir la fortune familiale dans des affaires plus respectables (même si dans les deux cas, le terme « affaire respectable » se traduit généralement par « trafic de poudre à l’échelle internationale »).
Voir Le Grand Pardon après le Parrain sera donc partiellement nécessaire pour apprécier la portée comique de l’œuvre. On pourra alors s’amuser des différentes similitudes et se moquer allégrement du film français mais malgré cela, il gardera toujours son identité. Et cela grâce à deux mots : Roger Hanin. Autant Rolland et Maurice Bettoun semblent débarquer tout droit du film de Coppola (l’accent pied-noir, les alpines Renault et les Rollex en plus) , autant le patriarche du Grand Pardon pourra être difficilement comparable avec son homologue sicilien. Là ou Marlon Brando inspirait un profond respect, Roger Hanin a surtout l’air d’un bon pote avec lequel on peut allégrement déconner sur une blague de cul en lui refilant une grosse tape dans le dos (mais pas trop fort quand même hein !). Et on peut dire vraiment qu’il (sur)joue son rôle à la perfection. Environ une réplique sur deux sortant de sa bouche vaut son pesant de cacahuètes et justifie le visionnage du film. Roger Hanin est vraiment un comique exceptionnel et c’est là que le Grand Pardon devient énorme : lorsque Raymond Bettoun fait son gros méchant et agit en tant que tel, le film atteint des sommets jamais égalés. A ce titre, la scène où Bettoun explose la tête du Sacristain (Bohringer) contre le rétroviseur de sa 4L, tout ça parce qu’il l’a traité de gros, est stupéfiante. Et des scènes comme ça, il y en a un max dans cette pépite.
Le problème, c’est que cet aspect « comique » n’a sûrement pas été désiré par le réalisateur qui voulait certainement en faire une œuvre sombre et noire. Il a été en ce sens complètement bouffé par son histoire, totalement inconscient que son film resterait dans la postérité comme un film culte pour une poignée d’aficionados. Culte oui, mais pas pour les bonnes raisons. Et ça là que se pose cette grande question : peut-on adorer, vénérer, aduler un tel chef d’œuvre involontaire, flirtant sans cesse avec la catégorie des nanars ? Personnellement, après avoir vu le film une bonne quinzaine de fois et ne m’en lassant toujours pas, la réponse est toute trouvée.

Une suite a été tournée en 1992, 10 ans après le 1er opus.Après avoir lorgné sur Le Parrain, les inspirations viennent directement de Scarface. Comme dans le 1er, Arcady se prend toujours très au sérieux quand il parle de ses Bettoun. Mais là, c'est pire. Le film donne vraiment l'impression de péter plus haut que son cul et le côté "pittoresque" du 1er volet a presque complètement disparu. Du coup, on s'ennuie un peu. Cette suite fera peut-être l'objet d'un article plus tard. Mais vraiment peut-être. Et vraiment si j'ai le temps.





(Oui je sais, il est très mauvais)