Les déclarations d'Alain Bernard avant la finale olympique du relais 4X100 m nage libre ("les Américains? on va les exploser!") et l'issue de cette course (remportée au finish par les nageurs US après un retour incroyable de Jason Lezak sur Alain Bernard) ont lancé une petite vaguelette de french bashing outre atlantique, surtout sur le net. Toute la panoplie anti-française a alors été ressortie sur certains forums: Nous sentons mauvais, nous sommes arrogants, passéistes, adeptes du drapeau blanc, non anglophones, feignants, racistes, antisémites, communistes, vichystes, pro-terroristes et surtout très très très ingrats envers ceux qui ont sauvé notre peau en 1944. Bref, kicker du french ass reste un petit plaisir sympatoche pour certains américains.
C'est là que j'ai décidé de faire ce petit dossier sans prétention et non exhaustif traitant de personnages français intervenant dans certains films américains. Juste histoire de voir comment nous sommes perçus chez l'Oncle Sam (Attention cependant, certains des films évoqués en dessous sont certes américains mais n'ont pas été mis en scène directement par l'un d'entre eux).
Alors faisons place aux froggies!
Le froggy des mers

Vu dans Master and Commander (Peter Weir, 2003).
Le froggy des mers est ici représenté par l'équipage de l'Achéron, navire corsaire battant pavillon français pendant les guerres napoléoniennes. Dans la mythologie grecque, l'Achéron est une rivière affluente du Styx, le fleuve servant de frontière entre le monde et l'Enfer. Voilà qui lève déjà toute ambiguité sur le rôle du bâteau Français qui aux yeux de l'équipage anglais, a un caractère diabolique ("Il est apparu comme un fantôme !", "c'est le vaisseau du diable !", "le capitaine est fichu de le suivre jusqu'en enfer s'il le faut !"). Mais ces allusions servent davantage à décrire le poids de la superstition parmi les moussaillons de l'époque qu'à diaboliser l'ennemi Français. Le froggy des mers passera donc tout le film à jouer au chat et à la souris avec le HMS Surprise, navire Britannique de la Royal Navy.
Le Français est vu de façon ambigue dans le film, et d'ailleurs on le voit très peu. On se fait donc une opinion sur lui uniquement par ses manoeuvres, les commentaires des Anglais et le combat final. D'un côté, il semble sournois (l'attaque matinale dans le brouillard au début du film), profitant sans honte de la supériorité technique de son navire par rapport à l'anglais. D'ailleurs, les Français n'ont aucune gloire à tirer de cet avantage étant donné que l'Achéron a été bâti par les Américains. Mais d'un autre côté, le capitaine des froggies est décri comme un adversaire valeureux et plutôt doué. Il ressemble même fortement au Capitaine anglais Jack Aubrey ("Il fait la guerre comme vous Jack!") qui éprouve du respect pour lui. Aubrey est même plutôt déçu lorsqu'il apprend, à tort, que le capitaine frenchy est mort pendant le combat final. Il n'éprouve donc pas spécialement de haine envers son rival et semble plus animé par le désir de vaincre. Ca ne l'empêchera cependant pas de titiller les sentiments antifrançais de ses troupes en les haranguant au cours d'un exercice de tir au canon: "Vous voulez voir une guillotine à Piccadilly? Non! Vous voulez voir la tête de Napoléon sur vos schillings? Non! Vous voulez voir vos enfants chanter la Marseillaise? Non!
Au final, les français ne sont pas tant décriés que ça dans ce film qui n'est pas spécialement francophobe (et quand ils le sont, cela concerne uniquement le régime tyranique du "petit corse"). Mais bon, dans le tome de la série écrite par O'Brian, "de l'autre côté du monde", (qui a en partie servi de base à l'adaptation), l'action se situe pendant la guerre anglo-américaine de 1812, où Jack Aubrey affronte donc des Américains. Il est évident que le public US aurait eu beaucoup de mal à accepter de voir leurs compatriotes se faire exploser par des britanniques dans un film produit avec des dollars et sorti en salles peu de temps après le lancement des hostilités en Irak. C'était donc plus simple pour tout le monde d'y mettre des Froggies qui ne seront au final que peu égratignés. Quand on regarde comment les Anglais ont été décrits dans The Patriot ou dans Braveheart, (à savoir des barbares sanguinaires violeurs et tueurs d'enfants) on peut donc s'estimer heureux que Master and Commander ait été mis en scène par Peter Weir et non pas Mel Gibson ou Emmerich!
Ah oui et petite particularité, en VO, le capitaine français parle anglais avec un accent vraiment à chier!
Le froggy ufologue

Vu dans Rencontres du 3e type (Steven Spielberg, 1977)
Comme son nom l'indique, le froggy ufologue s'intéresse de très près au phénomène ovni. Il s'appelle Claude Lacombe et le rôle est interprété par François Truffaut. Selon toute vraissemblance, le personnage de Lacombe serait inspiré du vrai ufologue français Jacques Vallée. Mais ce fut aussi l'occasion pour Spielberg de diriger l'un de ses réalisateurs préférés. Donc, ne comptez pas trop sur ce francophile avéré pour se foutre de la gueule des Français dans ce film. D'ailleurs, le Français en général est très présent dans la filmo de Spielberg (Il faut sauver le soldat Ryan, Rencontres du 3e type, Les Aventuriers de l'arche perdue, Arrête moi si tu peux)
Lacombe est décrit comme une sommité mondiale en matière d'ufologie, une vraie pointure qui dirigera l'organisation et le programme de la rencontre officielle avec ceux d'en haut. Il élaborera même le code visuel qui permettra de communiquer avec eux. Il insistera aussi pour que Roy Neary, vulgaire quidam mais néanmoins choisi par les ET, soit désigné ambassadeur terrien auprès d'eux, contrairement aux volontés des instances scientifiques considérant qu'il n'est pas forcément digne du grand voyage.
Bref, c'est la classe. Un peu l'antithèse de Belloq dans Les Aventuriers de l'Arche perdue en somme. Par contre, c'est une grosse brelle en anglais et il se ballade partout avec son interprète (qui en VF devient son assistant, vu qu'il n'y a plus rien à traduire. Ben ouais, tout le monde parle français en VF! D'ailleurs, je ferais prochainement un petit dossier sur les galères de retranscription de la VO à la VF de certaines situations où des francophones interviennent).
Le Froggy "super villain"

Vu dans Les Indestructibles (Brad Bird, 2004)
En VF, il s'appelle Foll'amour. En VO, il se nomme Bomb Voyage (notez le jeu de mots). Bon, c'est pas expliqué clairement, mais un énorme faisceau d'indices laisse présumer qu'il est Français: Son look, inspiré du mime Marceau, la petite musique d'accordéon lorsqu'il apparait et surtout le fait qu'il parle exclusivement français en VO (heureusement sous titré pour les anglophones). On peut d'ailleurs se demander pourquoi il ne parle pas anglais avec un accent français. Sûrement pour mettre le doigt sur l'incapacité du frenchie à s'exprimer dans une autre langue que la sienne à laquelle il est irrémédiablement attaché. D'ailleurs il nomme Mr Indestructible "monsieur Incroyable", conformément au titre original de l'oeuvre.
Dans les indéstructibles, Bomb Voyage est un méchant et il ne semble pas doté de super pouvoirs. On ne le voit que deux petites minutes au début du film dans lesquelles il cambriole une banque à l'aide d'explosifs, son arme de prédilection. Il ne fait évidemment pas le poids contre M. Indestructible mais en bon Froggy, il s'en tirera de façon bien sournoise (en balançant une bombe dans la cape de Buddy, le fanboy de M. Indesructible, qui sera du coup obligé de la lâcher pour sauver le garçon).
Le Froggy numérique

Vu dans Matrix reloaded et Matrix revolutions (Andy et Larry Wachowski, 2003)
Oui alors je sais, le Mérovingien n'est pas un froggy étant donné qu'il s'agit d'un programme. Il n'empêche, il en a certains aspects: dandy classieux avec accent, goût pour le bon vin, raffinement, etc. Par dessus tout, ce qu'il préfère dans la culture française, ce sont les jurons.
Il n'est pas Français mais est tout de même appelé comme tel par le père de famille indien dans le métro dans Matrix Revolutions. Et il est très puissant le bougre. Il s'agit apparemment du 1er programme transfuge s'étant affranchi de ses maîtres et ayant sous son contrôle le seul point de passage entre le monde des machines et celui de ladite Matrice. Un gars incontournable quoi.
Son surnom ne semble pas laissé au hasard. La dynastie des Mérovingiens traine la sale réputation d'avoir été une lignée de grosses feignasses décadentes vers la fin de leur ère (les rois fainéants). Il semble en être de même pour lui: à part trainer dans des super restos, des super boîtes de nuit, des super chateaux entourré de bombasses et profiter de son monopole, ya pas grand chose. Et ne comptez pas non plus sur lui pour faire du kung fu, ses sbires sont là pour ça.
Le Froggy de la DGSE

Vu dans Godzilla (Roland Emmerich, 1998)
Philippe Roaché (prononcez Rocher) est un agent secret de la DGSE. Et en gros, il est là pour réparer le bordel causé par son pays. En l'occurence, il s'agit d'essayer de stopper un lézard géant ayant muté à la suite d'essais nucléaires français dans le Pacifique. D'ailleurs, le générique ne fait pas dans la dentelle et nous montre de superbes champignons nucléaires et des stock-shots d'iguanes, le tout sur fond de Marseillaise. Quel honneur! (Alexandre Aja nous vengera dans La Colline a des yeux avec un générique preque similaire : explosions atomiques, tubes rétros US et stock-shots de mutants dans leurs bocaux de formol. Non mais!)
Dans le film, Roaché est on ne peut plus clair sur son rôle de passeur de serpillère de la France. Il semble d'ailleurs plus préoccupé par l'extermination de ce monstre génant pour son pays que par le sauvetage de millions de newyorkais en péril.
Au niveau du petit déj', c'est une caricature de froggy: il ne supporte pas le café américain et semble tout étonné qu'on lui rapporte un donut quand il demande un croissant (gag). Et petite particularité, les collaborateurs du froggy de la DGSE s'appellent tous Jean-quelquechose (Un de mes seuls souvenirs de la vision de ce film en salle fut l'hilarité générale de l'assistance lorsque Jean Réno demande: "mais bon sang, où sont passés Jean Claude et Jean-Luc!?)
Mais bon, le froggy de la DGSE est avant tout un froggy qui assure. Il comprend tout avant tout le monde, fait des imitations pourries de John Wayne, saisit l'importance du personnage joué par Matthew Broderick, et réussit là où l'armée américaine échoue (armée qui semble d'ailleurs composée exclusivement de débiles).
Bon, au final, on n'a pas trop à se plaindre non?
A la prochaine!

David
mer 10 sep 2008 20:17