Accueil Date de création : 23/06/08 Dernière mise à jour : 07/11/08 11:15 / 10 articles publiés

Critiques

James Bond XXII  (Critiques) posté le vendredi 07 novembre 2008 11:15

 

 

 

Ca y est, le dernier James Bond est sorti. Et en tant qu'amateur de la série (un peu comme tout le monde en fait) je ne pouvais pas manquer ce rendez-vous. Et globalement, la déception était le sentiment dominant en sortie de salle.

 

Déçu car ce Quantum of Solace est finalement un James Bond assez bizarre. Tout le monde avait salué la rupture de Casino Royale dans l'histoire des James Bond qui faisait de l'espion anglais une brute épaisse dotée cependant d'une certaine fragilité. Un lifting nécessaire après le catastrophique Meurs un autre jour pour remettre Bond dans la course face aux agents secrets actuels, Jason Bourne en tête. Les scènes d'action connaissaient elles aussi un certain remaniement : violence décuplée, combats raprochés à la Bourne, caméra sur l'épaule, réalisme accru, etc. Tout le monde était aussi d'accord sur le bon choix de casting concernant Daniel Craig, au charisme phénoménal qui en fait aussi le Bond le plus arrogant de l'histoire.

Mais on a la curieuse impression que ce qui faisait le succès de la recette de Casino Royale a été multiplié puissance 1000 pour Quantum of Solace, en faisant faire à Bond un pas de géant vers sa perte d'identité. La poursuite sur les toits, par exemple, est une copie quasi-conforme de celle de la vengeance dans la peau, notamment avec les sauts de balcons. Et les gadgets? Ben rien du tout si ce n'est des téléphones portables et une sorte de table de bureau avec ecran géant horizontal tactile, vachement pratique pour faire un briefing photos/documents, mais pas crédible pour un sou.

Si on enlève en plus Monneypenny, Q, les vodka-martini, qu'on place la séquence du gun barrel (*) à la fin et qu'on montre l'agent secret se faire refuser sa CB au guichet d'un aéroport, on est finalement très loin des codes de la saga. Il est pour l'instant trop tôt pour évaluer la transformation radicale du mythe Bondien au XXIe siècle, celle-ci étant jugée plus que salutaire après les dérives de l'ère Brosnan. Mais il est fort probable qu'à ce rythme là, on se retrouve à nouveau avec un Bond plus traditionnel d'ici 5 à 10 ans.

De plus, le récit est à mon sens partiellement noyé dans une débauche de scènes d'action ne permettant guère au spectateur de reprendre son souffle. Une petite déception donc.

Et puis en rentrant chez moi le soir, je suis tombé sur ça à la télé:

 

 

 

Et après avoir vu Sophie Marceau en méchante, Denise Richards jouer au Docteur en physique nucléaire, Pierce Brosnan faire des double twist gratte-dos en ski tout en étant pourchassé par des motoneiges volantes, Robert Carlyle en totale roue libre dans son rôle de psychopathe....Ben je me suis dit que finalement c'était pas si mal que ça le changement.

 

(*) La séquence dite du gun barrel est censée intervenir au tout début de chaque James Bond. Elle montre ainsi Bond marchant de profil de la droite vers la gauche, vu de l'intérieur d'un canon de révolver suivant son déplacement. L'agent secret effectue alors un quart de tour rapide vers la gauche et tire une balle en direction du canon et la scène se termine par un flot de sang dégoulinant le long de l'écran avec parfois des mouvements de caméra indiquant que le méchant titube. Le gun barrel de Casino Royale fut le premier à faire partie intégrante du récit et à ne pas intervenir au début. Ce fut la seconde fois pour Quantum of Solace, où la séquence intervient au générique de fin. Petites illustrations:

 

Période Sean Connery 1 (1962/1964). La scène est alors tournée avec Bob Simmons, cascadeur.

Période Sean Connery 1 (1962/1964). La scène est alors tournée avec Bob Simmons, cascadeur.

 

Période Sean Connery 2 (1965/1971): Avec le passage en format cinémascope, la séquence a du être retournée. Ce coup-ci, Sean Connery s'y est collé.

 

 

Période George Lazenby (1969) pour Au service secret de sa majesté. La seule et unique fois que Bond met un genou à terre pour tirer.

 

 

Période Roger moore (1973/1985): Abandon du chapeau et port de l'arme à 2 mains.

 

 Période Timothy Dalton (1987/1989)

 

 Période Pierce Brosnan (1995/2002)

 

Période Daniel Craig (2006/????) dans Casino Royale. La séquence change radicalement par rapport aux précédents opus: elle est ici contextualisée et localisée dans un décor de salle de bain. En lieu et place de la sempiternelle marche de droite à gauche et du quart de tour, Daniel Craig effectue ici un simple demi tour et c'est tout.

lien permanent

L’état de grâce se poursuit pour Pixar  (Critiques) posté le vendredi 01 août 2008 11:22

 

 

 

 

 

Voir le dernier Pixar est souvent un investissement sans risque. Mais systématiquement au moment de rentrer dans la salle, on se demande avec angoisse « et si ce coup ci, c’était une bouse ? » Et ben non en fait. Sans surprise, ce fut encore un grand moment de bonheur pour moi. Que dire de WALL-E si ce n’est qu’en sortant, on a la banane, tout heureux d’avoir claqué ses 9€20 dans un vrai, beau et grand film. Le genre de truc qu’on recherche quand on va au cinéma quoi.

Les studios Pixar sont encore parvenus à prolonger l’état de grâce qui les entoure depuis 1995 tout en donnant l’impression que leur dernière merveille surpasse toujours la précédente.

 

En l’occurrence, WALL-E est, comme tout Pixar, techniquement sublime et comble d’émerveillement le spectateur. Ce n’est finalement pas une grande surprise. Ce qui semble nouveau désormais, c’est le discours politique de l’œuvre, qui n’hésite pas à taper à grands coups de massue sur la société de consommation, en particulier américaine. Pour info, le film a été qualifié de propagande gauchiste par certains milieux politiques outre Atlantique.

Bien évidemment, cela peut sembler paradoxal étant donné que WALL-E contribue très largement à ce consumérisme exacerbé qu’il critique (le menu happy meal WALL-E, le jeux vidéo disponible sur n’importe quelle plateforme, la peluche WALL-E, le robot téléguidé WALL-E, etc). Du coup on perd un peu de crédibilité en matière de critique subversive mais bon , n’est pas John Carpenter qui veut !  Mais l’intention est là et contribue à donner un peu plus d’épaisseur au film qui en fait sûrement le Pixar le plus adulte avec Les Indestructibles.

Pour le reste, c’est du tout bon. Le personnage de WALL-E, sa rencontre avec EVE, leurs échanges, leurs dialogues limités, leur histoire d’amour sur fond de différence, difficile de ne pas adhérer à tout ça ! Et on se prend en pleine poire toute une palette de sentiments contradictoires durant le film, comme à chaque Pixar : la Joie, la tristesse, le rire, l’excitation et la béatitude finale.

Un grand merci et vivement Up, leur prochaine production, prévue pour l’été 2009.

 

lien permanent

Peter Jackson, clap, première!  (Critiques) posté le lundi 28 juillet 2008 16:34

 

 

 

 

 Attention, cet article est agrémenté de spoilers tout au long de son contenu. Si vous n'avez pas encore vu Bad Taste, vous risquez donc de vous gacher une bonne partie du plaisir en cas de vision éventuelle de l'oeuvre...

 

 

Tous les gens qui ont pu voir Bad Taste après la trilogie Lord Of The Rings ont du se dire « Ouaouh, c’est un truc de dingue, t’as vu les films de ouf qu’il faisait avant, Peter Jackson ? » Pour beaucoup d’autres comme pour moi, c’était un peu l’inverse. J’ai eu l’opportunité de voir ce diamant brut 1000 carats au début des années 90 lors de son passage sur Canal Plus. Je me souviens d’avoir été scotché devant l’écran, complètement happé par les images : « Ai-je bien vu un gars boire du vomi vert dans un saladier ? Un mouton se faire exploser au lance roquettes ? Un binoclard mettre un coup de boule à une mouette après avoir dévissé d’une falaise ? »  J’ai alors assisté au fil des années à l’évolution du réalisateur Peter Jackson d’un œil incrédule après Braindead. Le metteur en scène de Bad Taste était-il vraiment le même que celui de Créatures Célestes ? Dès qu’un nouveau film de Jackson sortait, celui-ci prenait du poids, au propre comme au figuré jusqu'à la sublime trilogie de l'anneau. Lorsqu'il est devenu vraiment célèbre, je fus alors partagé entre la joie de voir cette pépite resurgir du temps passé au profit d'un public plus large et la tristesse de la voir se diluer dans un océan de nouveau fans. Toute la problématique de la communauté geek, en somme!

 

 

 

 

"Schplaff!"

 

 

 

Premier volet de sa trilogie Portnawak (dans le bon sens du terme) qui sera suivi de Meet the Feebles (1989) et Braindead (1992), Bad Taste retrace l’histoire de Barry, Ozzy, Franck et Derek, 4 agents gouvernementaux menant une enquête sur la disparition mystérieuse de toute la population du village de Kaihoro en Nouvelle Zélande. Il s’avérera en fait que les habitants ont été décimés par des aliens travaillant pour le compte d’un magnat de la junk food intergalactique, désirant lancer une toute nouvelle gamme de burgers à base de viande humaine. Si ça c’est pas du scénar complètement barré !  

 

 

 

"Chbong!"

 

 

A l’instar de Brain Dead, Bad Taste ne peut être vu comme un film d’horreur mais plutôt comme une comédie horrifique. Et l'humour dans Bad Taste est distillé de façon assez variée. Il y a l'humour gore (environ un mort sur deux dans le film), l'humour scato (le "sirotage de dégueulis"), l'humour absurde (le mouton explosé) et l'humour burlesque (Derek glissant dans une bouse de vache). Le film possède vraiment un ton et un humour qui lui sont propres donnant l'impression qu'on assite à un spectacle jamais vu auparavant, tant l'humour débile atteint des sommets ici.

Mais malgré tout ce déballage comique, le film atteint parfois des pics de tension dramatique assez poussés. La superbe scène de la falaise (sans doute la meilleure du film pour moi) où Derek lutte seul contre 5 aliens armés de maillets en est certainement le meilleur exemple. Au début de ce passage, le spectatateur sait que Derek ne va pas tarder à morfler sévère (Derek ayant auparavant torturé sauvagement un "cosmo-connard", il est donc logique qu'il paye, conformément à la morale judéo-chrétienne) et c'est donc avec fébrilité qu'on attend la chute fatidique du mannequin en mousse.   

 

 Lors de ces scènes de tension, Jackson s’amuse beaucoup à jouer avec les codes du film d’horreur (la recherche de clefs de voiture avec mains tremblotantes, la bagnole qui refuse de démarrer, etc) tout en les agrémentant de gags reposant généralement sur la débilité des aliens ou sur la tendance des personnages à ne pas pouvoir faire 3 pas sans se vautrer par terre.

 

 

"Gnark gnark gnark!"

 

Alors évidemment certains pourront reprocher à Jackson une mise en scène plutôt moyenne, mais il ne faut pas oublier le contexte dans lequel Bad Taste fut tourné: Tous les week end pendant 4 ans, avec ses potes et un budget très limité, le réalisateur assurant lui même deux rôles dans le film. Cette mise en scène est pourtant bien typique et reconnaissable entre mille. On se croirait même parfois devant un film de Leone (longs passages silencieux, gros plans sur les visages, musique omniprésente)!

Mis à part le côté fauché de cette production, le principal défaut qu'on pourrait lui trouver serait une baisse de rythme vers la fin du film, lorsque la fusillade aux abords de la maison devient un peu longuette. Sinon, pour le reste, c'est de l'or en barre, surtout en VF où les doubleurs se sont visiblement bien lâchés. Et pour courronner le tout, on a même droit à une petite condamnation du capitalisme de la junk food, matérialisé par le discours hallucinant du Boss des aliens, expliquant comment il va réduire la concurrence à néant grâce à l'arrivée sur le marché de "l'homo sapiens burger"!

 

 

"Scronch scronch..."

 

 Un film à découvrir absolument pour tous les malheureux qui ne le connaitraient pas encore. Mais attention, pour l'apprécier pleinement, il faudra garder à l'esprit son aspect expérimental et ne pas s'attendre à voir un Braindead bis (pour ceux qui l'auraient vu avant) tant celui-ci sera supérieur à Bad Taste dans sa frénésie et son intensité comico-gore.

lien permanent

Les Goonies : Un dinosaure du cinéma d’aventures pré pubère Américain  (Critiques) posté le mercredi 02 juillet 2008 20:12

 

 

 

«  Good enough for you is…Good enough for me… it’s good enough, it’s good enough for me, yeah yeah yeah yeah yeah…”

 

Rien que de chantonner le titre de Cindy Lauper faisant partie de la BOF du film, mon visage s’éclaire. Pourquoi ? Tout simplement parce que Les Goonies est peut être le film qui m’a fait le plus rêver quand j’étais gamin. Des gosses déconneurs, des gangsters abrutis, une histoire de trésor de pirates caché, des pièges mortels, l’ombre de Spielberg sur tout le film, etc. Tous les ingrédients étaient là pour garantir le succès du film, qui fut assez important à l’époque.

 

"Bon, les gars, on lui dit ou pas qu'il bouffe comme un porc?"

"Bon, les gars, on lui dit ou pas qu'il bouffe comme un porc?"

 

Après une longue période sans l’avoir vu, ce fut avec une certaine appréhension que je décidais de me relancer dans cette histoire de gamins à la recherche du trésor qui sauvera leurs maisons à tous. Le film était-il finalement qu’une grosse bouse vue comme un chef d’œuvre par des yeux d’enfant  ? Allait-il subir la même putréfaction que bon nombre des ses congénères des 80’s vingt ans plus tard ?

Et ben, globalement, non. Pour moi, le film a remarquablement bien vieilli et reste encore aujourd’hui une des références du film d’aventures pour gosse.

 

Bon tout d’abord, faut pas être trop regardant sur le scénario. On apprend au départ du film que les parents des goonies sont sur le point de se faire exproprier par un magnat de l’immobilier désirant construire un terrain de golf sur leur propriété. Et il suffirait juste de trouver une certaine somme d’argent pour sauver la maison. Les goonies, composés de Mickey (le gamin rêveur asthmatique), Choco (le gamin obèse qui ne pense qu’à bouffer), Data (le gamin asiatique qui invente plein de trucs) et Bagou (le gamin à grande gueule qui vanne à tout va) décident de partir à la recherche du trésor perdu de Willie le Borgne, pirate légendaire qui aurait été emmuré vivant par la flotte britannique avec tout son équipage et son trésor (ça tombe bien !), dans les environs (encore mieux!). Ils seront accompagnés en chemin par des plus grands qu’eux : Brand le grand frère de Mickey qui vient juste de foirer son permis, Steph, la fille à lunettes et Andy, la pom-pom girl qui en pince pour Brand. Après avoir mis la main sur plein d’indices révélant l’emplacement du trésor, (dont visiblement tout le monde se foutait vu qu’ils étaient remisés au grenier avec plein de vieux trucs, dont une boule électrique encore branchée !) ils partent à l’aventure, suivis de près par les Fratelli frères et mère, famille de gangsters en cavale, eux aussi en quête du trésor.

 

 

Mama Fratelli

Mama Fratelli.

 

 

Voilà un pitch tout ce qu’il y a de plus classique pour du cinéma d’aventures. On peut pas dire non plus que les décors soient faramineux (mis à part le bateau pirate), les effets spéciaux bluffants ou la mise en scène révolutionnaire. Non. Ce qui fait le charme du film, c’est tout simplement son ton. Pour un film supposé viser une cible jeune, les dialogues sont assez savoureux. Indiscutablement, le personnage de Bagou est le point fort du film à ce niveau là. Ses répliques font souvent mouche :

 

Bagou : « Hey, écoute un peu Choco… »

Choco : « Quoi ? »

Bagou : « Tu sais que j’ai des photos de ta mère qui prend un bain, complètement à poil. Tu veux me les acheter ? »

Choco : « QUOI ? »

Bagou : « Pas chères, bien sûr. »

 

 

Bagou, LA star du film.

 

 

Ou encore celle-ci (dans cette scène, Choco vient de faire malencontreusement tomber une miniature de statue antique chez les parents de Mickey. Elle est presque intacte. Seul le sexe de l’objet est endommagé) :

 

Mickey : « Oh non, c’est le truc que ma mère préfère ! »

Bagou : « Tu serais pas là si elle n’aimait pas ça… »

Brand : « Ta gueule Bagou ! »

 

Le plus surprenant aujourd’hui, c’est que de telles répliques sont débitées par des enfants censés avoir environ 12 ans dans le film. Impossible d’imaginer les mêmes dialogues dans les films d’aventures d’aujourd’hui. Vous voyez, vous, cette gourdasse d’Harry Potter ou les 4 morveux de Narnia oser dialoguer de la sorte ? Bien sûr que non. Et c’est en partie l’intérêt de l’oeuvre. Les goonies ne sont finalement que des gosses comme les autres. Et les gosses de 12 ans, ne nous leurrons pas, sont souvent amateurs de blagues de cul. Et ça fait bien longtemps qu’Hollywood essaie de nous faire croire que nos chères petites têtes blondes ne pensent jamais ainsi.

 

 

"On dirait pas comme ça, mais quand je serai grand, j'irai à Berkeley, je serai quaterback de l'équipe de foot, et je deviendrai avocat d'affaires à Beverly Hills. Et ouais." (Source: wikipedia)

"On dirait pas comme ça, mais quand je serai grand, j'irai à Berkeley, je serai quaterback de l'équipe de foot, et je deviendrai avocat d'affaires à Beverly Hills. Et ouais." (Source: wikipedia)

 

Serais-je finalement atteint du « syndrome du vieux con », adepte du « c’était mieux avant » ? Peut être, mais lorsqu’on regarde Les Goonies aujourd’hui, on se retrouve en face d’une faille temporelle béante, grande ouverte sur les 80’s, avec un film très représentatif de son temps mais qui n’a paradoxalement pas (ou peu) vieilli.

 

Comment Parler des Goonies sans traiter enfin du personnage de Sinoque, freak monstrueux au cœur tendre qui formera avec Choco un duo de mini Buddy movie dans le film. Je pense que Sinoque fut un véritable choc pour tous les gamins qui virent ce film à l’époque. Comment ne pas être effrayé par sa tête difforme ? Mais comment ne pas l’aimer non plus ? Une sorte d’Elephant Man pour les gosses qui sera le seul « adulte » du film a être traité finalement de façon positive, conformément à la vision « Spielbergienne » de l’époque : les grands ne sont ici représentés que sous la forme de gangsters, de parents confondant sans cesse les prénoms de leurs enfants ou de spéculateurs immobiliers aux dents longues.

 

 

Choco et Sinoque: LES deux autres stars du film.

Choco et Sinoque: LES deux autres stars du film.

 

Un bien beau film. Vraiment. Et même si la fin est magnifique, avec ce bateau  pirate partant vers le soleil couchant un peu comme Indy dans la dernière croisade, elle n’en est pas moins synonyme de fin de l’aventure de nos héros. Donc triste, fatalement.

 

 

 

 

lien permanent

Le Grand Pardon: la première comédie mafieuse Française  (Critiques) posté le mardi 24 juin 2008 16:51

 

 

 

Vous allez me dire: "mais qu'est-ce que c'est que ce blog à la con? Il va soi-disant nous parler de pop corn movies et on se retrouve avec un premier article sur le Grand Pardon?"

J'ai envie de dire: "ben ouais". Tout simplement parce que ce film est un divertissement en or massif, au moins aussi brillant que la gourmette de Raymond Bettoun himself. Pour ceux qui ne connaissent pas cette oeuvre fulgurante, voici le pitch: Paris, 1982, Raymond Bettoun, chef de famille juif-pied noir, règne d'une main de maître sur le Paris du crime, du racket, de la prostitution et du jeux. Pourtant, tapie dans l'ombre, la menace se profile: Les Bettoun en sortiront-ils indemnes?

 

 "Zarma, c'est mon accent qui te fait marrer?"

 

 

Voilà, c'est posé. Le Grand Pardon, c'est un film de Mafia. Mais attention, pas n'importe quelle mafia. Au diable les siciliens, les calabrais, les napolitains, les chinois, les yakuzas, les triades, les russes, les cubains, les porto-ricains, les irlandais. Tout ça, c'est très surfait. Faites place à la mafia juive-pied noire. Autant le dire tout de suite, l'intérêt de ce film réside dans cette particularité peu commune qui donnera tout le piment (mariné dans l'huile d'olive) au long métrage et contribuera à son aspect comique. Entendre des mafieux deviser avec l'accent du soleil est tout simplement jouissif. Vraiment. Et enlève toute tension dramatique au film pour en faire la première comédie mafieuse française, bien évidemment involontaire. Car il est tout simplement impossible de regarder ce film au 1er degré. A partir du moment où Raymond Bettoun, le caïd, ouvre la bouche, c'est le festival du début à la fin. Festival de clichés pour commencer, où les accents sont exacerbés, la quincaillerie dorée vraiment ostentatoire et le goût pour l’argent immodéré. Il manquait plus que le casino de Deauville (à la place de celui de Biarritz) pour boucler la boucle.

 

 Festival de dialogues ensuite où il sera difficile de rester de marbre devant certaines répliques :

 

« Arrête tes salamaleks Bettoun ! T’es pas dans ton djebel ici ! »,

« Raymond Bettoun a appris la loi du milieu à la casbah, il la lit de droite à gauche »

« C’est encore un coup des Arabes. C’est signé. Qu’est ce qu’on va discuter 1000 ans avec eux ? Je l’ai toujours dit, avec les ratons faut cogner, cogner, cogner ! »

« Vous sentez l’huile M. Bettoun… »

« Tes hommes ils sont partis, Manuel. Je les ai achetés. Avec l’argent. Et ça, ça pourra pas arriver avec les Bettoun. Et tu sais pourquoi Manuel? Parce qu’on est une famille, unie comme les cinq doigts de la main, zarma ! Avant de venir ici Manuel, tu flambais, t’étais le numéro un. Maintenant, je vais te dire, t’es le numéro zéro ! »

 

 

"Y a pas à dire, les Bettoun c'est quand même autre chose que ça!"

 Y a pas à dire, les Bettoun c'est quand même autre chose que ça!

 

 

 

L’aspect « tiens, si on tournait un remake du Parrain, mais avec des pieds-noirs » contribue également au statut du film. Les termes « repompe », « plagiat », « copier-coller » reviennent souvent dans les bouches de ceux qui ont vu les deux films. Je n’irai pas jusque là, le film possédant son identité propre, unique même, mais il est vrai que pour certains passages/personnages, on a senti Saint-Hamont (le scénariste) et Arcady (le réalisateur) un peu flemmards sur les bords.

La longue scène de baptême du début du film (30 minutes quand même !) rappelle forcément celle du mariage Connie Corleone/Carlo Rizzi dans le Parrain, avec son cortège d’invités mafieux, de chanteurs d’opérette (Freddy Ambrosi et Johnny Fontane) et de flics embusqués aux abords de la grande maison armés d’appareils photo.

Il sera aussi difficile de ne pas voir que certains personnages du Grand Pardon sont fortement inspirés du Parrain. Ainsi Rolland Bettoun (Gérard Darmon), le neveu/fils adoptif de Raymond est sûrement le frère caché de Santino Corleone, le Fils aîné du Parrain. Tous deux, adeptes de la manière forte,  cultivent en effet la haine des clans rivaux et ne connaissent qu’une seule loi : celle du Talion, quitte à provoquer des guerres sans fin pour leurs familles respectives. Maurice Bettoun (Richard Berry), le successeur, ressemble lui fortement à Michael Corleone dans ses ambitions politiques, son caractère plus réfléchi, la honte de papa, l’envie de s’intégrer au pays et le désir d’investir la fortune familiale dans des affaires plus respectables (même si dans les deux cas, le terme « affaire respectable » se traduit généralement par « trafic de poudre à l’échelle internationale »).

 

Voir Le Grand Pardon après le Parrain sera donc partiellement nécessaire pour apprécier la portée comique de l’œuvre. On pourra alors s’amuser des différentes similitudes et se moquer allégrement du film français mais malgré cela, il gardera toujours son identité. Et cela grâce à deux mots : Roger Hanin. Autant Rolland et Maurice Bettoun semblent débarquer tout droit du film de Coppola (l’accent pied-noir, les alpines Renault et les Rollex en plus) , autant le patriarche du Grand Pardon pourra être difficilement comparable avec son homologue sicilien. Là ou Marlon Brando inspirait un profond respect, Roger Hanin a surtout l’air d’un bon pote avec lequel on peut allégrement déconner sur une blague de cul en lui refilant une grosse tape dans le dos (mais pas trop fort quand même hein !). Et on peut dire vraiment qu’il (sur)joue son rôle à la perfection. Environ une réplique sur deux sortant de sa bouche vaut son pesant de cacahuètes et justifie le visionnage du film. Roger Hanin est vraiment un comique exceptionnel et c’est là que le Grand Pardon devient énorme : lorsque Raymond Bettoun fait son gros méchant et agit en tant que tel, le film atteint des sommets jamais égalés. A ce titre, la scène où Bettoun explose la tête du Sacristain (Bohringer) contre le rétroviseur de sa 4L, tout ça parce qu’il l’a traité de gros, est stupéfiante. Et des scènes comme ça, il y en a un max dans cette pépite.

 

Le problème, c’est que cet aspect « comique » n’a sûrement pas été désiré par le réalisateur qui voulait certainement en faire une œuvre sombre et noire. Il a été en ce sens complètement bouffé par son histoire, totalement inconscient que son film resterait dans la postérité comme un film culte pour une poignée d’aficionados. Culte oui, mais pas pour les bonnes raisons.  Et ça là que se pose cette grande question : peut-on adorer, vénérer, aduler un tel chef d’œuvre involontaire, flirtant sans cesse avec la catégorie des nanars ? Personnellement, après avoir vu le film une bonne quinzaine de fois et ne m’en lassant toujours pas, la réponse est toute trouvée.

 

 

 

 

 

 Une suite a été tournée en 1992, 10 ans après le 1er opus.Après avoir lorgné sur Le Parrain, les inspirations viennent directement de Scarface. Comme dans le 1er, Arcady se prend toujours très au sérieux quand il parle de ses Bettoun. Mais là, c'est pire. Le film donne vraiment l'impression de péter plus haut que son cul et le côté "pittoresque" du 1er volet a presque complètement disparu. Du coup, on s'ennuie un peu. Cette suite fera peut-être l'objet d'un article plus tard. Mais vraiment peut-être. Et vraiment si j'ai le temps.

lien permanent