Ca y est, le dernier James Bond est sorti. Et en tant qu'amateur de la série (un peu comme tout le monde en fait) je ne pouvais pas manquer ce rendez-vous. Et globalement, la déception était le sentiment dominant en sortie de salle.
Déçu car ce Quantum of Solace est finalement un James Bond assez bizarre. Tout le monde avait salué la rupture de Casino Royale dans l'histoire des James Bond qui faisait de l'espion anglais une brute épaisse dotée cependant d'une certaine fragilité. Un lifting nécessaire après le catastrophique Meurs un autre jour pour remettre Bond dans la course face aux agents secrets actuels, Jason Bourne en tête. Les scènes d'action connaissaient elles aussi un certain remaniement : violence décuplée, combats raprochés à la Bourne, caméra sur l'épaule, réalisme accru, etc. Tout le monde était aussi d'accord sur le bon choix de casting concernant Daniel Craig, au charisme phénoménal qui en fait aussi le Bond le plus arrogant de l'histoire.
Mais on a la curieuse impression que ce qui faisait le succès de la recette de Casino Royale a été multiplié puissance 1000 pour Quantum of Solace, en faisant faire à Bond un pas de géant vers sa perte d'identité. La poursuite sur les toits, par exemple, est une copie quasi-conforme de celle de la vengeance dans la peau, notamment avec les sauts de balcons. Et les gadgets? Ben rien du tout si ce n'est des téléphones portables et une sorte de table de bureau avec ecran géant horizontal tactile, vachement pratique pour faire un briefing photos/documents, mais pas crédible pour un sou.
Si on enlève en plus Monneypenny, Q, les vodka-martini, qu'on place la séquence du gun barrel (*) à la fin et qu'on montre l'agent secret se faire refuser sa CB au guichet d'un aéroport, on est finalement très loin des codes de la saga. Il est pour l'instant trop tôt pour évaluer la transformation radicale du mythe Bondien au XXIe siècle, celle-ci étant jugée plus que salutaire après les dérives de l'ère Brosnan. Mais il est fort probable qu'à ce rythme là, on se retrouve à nouveau avec un Bond plus traditionnel d'ici 5 à 10 ans.
De plus, le récit est à mon sens partiellement noyé dans une débauche de scènes d'action ne permettant guère au spectateur de reprendre son souffle. Une petite déception donc.
Et puis en rentrant chez moi le soir, je suis tombé sur ça à la télé:
Et après avoir vu Sophie Marceau en méchante, Denise Richards jouer au Docteur en physique nucléaire, Pierce Brosnan faire des double twist gratte-dos en ski tout en étant pourchassé par des motoneiges volantes, Robert Carlyle en totale roue libre dans son rôle de psychopathe....Ben je me suis dit que finalement c'était pas si mal que ça le changement.
(*) La séquence dite du gun barrel est censée intervenir au tout début de chaque James Bond. Elle montre ainsi Bond marchant de profil de la droite vers la gauche, vu de l'intérieur d'un canon de révolver suivant son déplacement. L'agent secret effectue alors un quart de tour rapide vers la gauche et tire une balle en direction du canon et la scène se termine par un flot de sang dégoulinant le long de l'écran avec parfois des mouvements de caméra indiquant que le méchant titube. Le gun barrel de Casino Royale fut le premier à faire partie intégrante du récit et à ne pas intervenir au début. Ce fut la seconde fois pour Quantum of Solace, où la séquence intervient au générique de fin. Petites illustrations:

Période Sean Connery 1 (1962/1964). La scène est alors tournée avec Bob Simmons, cascadeur.

Période Sean Connery 2 (1965/1971): Avec le passage en format cinémascope, la séquence a du être retournée. Ce coup-ci, Sean Connery s'y est collé.

Période George Lazenby (1969) pour Au service secret de sa majesté. La seule et unique fois que Bond met un genou à terre pour tirer.

Période Roger moore (1973/1985): Abandon du chapeau et port de l'arme à 2 mains.

Période Timothy Dalton (1987/1989)

Période Pierce Brosnan (1995/2002)

Période Daniel Craig (2006/????) dans Casino Royale. La séquence change radicalement par rapport aux précédents opus: elle est ici contextualisée et localisée dans un décor de salle de bain. En lieu et place de la sempiternelle marche de droite à gauche et du quart de tour, Daniel Craig effectue ici un simple demi tour et c'est tout.










